Dans l’Est de la RDC, il n y a plus de monnaie congolaise

Ici, nous sommes bien au Congo, mais nous payons en « shillings », la monnaie ougandaise. « Ici », c’est la partie nord de la province du Nord-Kivu, dans l’Est de la RDC, à la frontière ougandaise, où la monnaie congolaise a quasiment disparu, remplacée par l’argent ougandais, utilisé à...

Cette spécificité, qui désespère les autorités politico-administratives locales, puise son origine dans une histoire complexe.

«  Au cours des années 2000, la RDC était scindée en plusieurs parties autonomes. Les différentes rebellions ont occupées de vastes territoires et y ont imposé leur loi. C’est ainsi que la partie nord de la province du Nord-Kivu avait été administrée par la rébellion du Rassemblement Congolais pour la Démocratie-Mouvement de Libération, RCD-KML avec l’Ouganda comme pays allié », relate pour Anadolu, E’l Katé Maghaniryo, directeur d’une Radiotélévision privée dans la localité de Kasindi, cité congolaise de plus de 50 milles habitants, qui utilise le shilling.

« Les relations étant coupées avec Kinshasa et la région a connu notamment la domination de l’armée ougandaise qui y imposa sa monnaie comme principale devise », poursuit Maghaniryo.

En 2003, la RDC avait été réunifiée suite aux accords de Sun City signés entre Kinshasa et les différents belligérants, mais les habitants de la partie nord du Nord-Kivu, sont restés attachés à l’usage du Shillings dans différentes transactions commerciales.

«Ce maintien du Shillings comme principale devise commerciale a été favorisé par plusieurs facteurs, notamment la stabilité du Shillings par rapport au Francs Congolais» explique à Anadolu Mbusa Sivyaghendera Nicho, économiste habitant la cité de Kasindi, qui a initié, en juillet dernier, une pétition populaire en vue d’obtenir des autorités administratives une loi interdisant l’utilisation de la monnaie ougandaise sur le marché Congolais.

« Aussi la facturation des taxes, impôts et autres droits douaniers en devise ougandaise par les services Etatiques de la RDC ont largement contribué à l’invasion du territoire Congolais par cette monnaie étrangère au détriment de la devise nationale » poursuit Nicho.

Pour Katembo Tshangamusa, président de l’association des cambistes de Kasindi , l’Etat Congolais est complice de cette pénétration du shillings puisque il paye les salaires de ses fonctionnaires en devise Ougandaise.

Il relève en sus que la faible bancarisation des transactions commerciales pérennise cette situation.

« Il n’existe pas de banque congolaise à Kasindi par exemple. Les transactions bancaires locales se font soit par le biais d’institutions de microfinance congolaises, utilisant le Shillings ougandais. Quant aux transactions bancaires internationales, celles-ci passent par les banques ougandaises, situées près de Kasindi » martèle-t-il tout en plaidant pour une implantation d’institutions bancaires congolaises dans cette contrée en vue d’inverser la tendance actuelle.

Les autorités politico-administratives de la province du Nord-Kivu se sont, elles aussi, impliquées dans la lutte pour éliminer le Shillings sur le marché Congolais comme c’est le cas en Ouganda, où seule la monnaie nationale est autorisée à circuler dans tout le circuit économique.

En 2014, un arrêté provincial avait ainsi été rendu public en vue d’atteindre cet objectif, mais cette mesure avait souffert d’application bien que le Franc congolais était devenu stable.

Au contraire, même, le Shillings Ougandais continuait son expansion et sa totale intégration dans la bourse Congolaise et à la mi-2015, les statistiques du service de l’économie en territoire de Beni ont indiqué que toutes les agglomérations du secteur de Rwenzori (2.359 kilomètres carrés), dans l’Est, utilisent le Shillings Ougandais à 95%.

C’est cette situation qui a irrité Nicho qui profite de la dévaluation du Shillings Ougandais en cours depuis bientôt trois mois [1 dollars Américain= 900 Francs Congolais qui correspondent à 3500 Shillings Ougandais] pour lancer une pétition populaire poursuivant le même objectif que l’arrêté provincial décrété en 2014 par l’administration locale pour dissuader la force monétaire de Kampala sur le sol Congolais.

« Si les mesures administratives n’ont pas réussi à résoudre ce problème, nous avons décidé de lancer cette initiative populaire en vue d’apporter notre part à la restauration de l’autorité de l’Etat par la valorisation de notre monnaie » déclare Nicho, confiant de pouvoir atteindre une dizaine de milliers de signatures en vue de remettre cette pétition aux autorités administratives pour que cette démarche populaire soit appliquée à travers un arrêté administratif.

Actuellement 4 milles personnes ont manifesté leur intérêt en apposant leurs noms et signatures sur cette pétition, « ce qui n’était pas possible les années passées car les habitants ne voulaient pas abandonnés l’usage du Shillings. L’actuelle dévaluation de la monnaie Ougandaise et la stabilité du Franc Congolais pourrait jouer à l’avantage d’une reconquête de la monnaie Congolaise sur cette partie de son territoire » nuance Justin Kasereka, agent au service client de la coopérative d’épargne et de crédit « Light Business. »

Entre temps, la campagne populaire visant à éliminer le Shillings sur le marché Congolais poursuit sa course, alors que la monnaie Ougandaise continue à régner en maitre dans toutes les transactions commerciales.

Vous pouvez lire aussi cet article sur le site de l’agence de presse Anadolu.

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