OMC  : la RDC doit continuer ses réformes

L’Organisation Mondiale du Commerce vient de rendre public son rapport d’examen de la politique commerciale congolaise. C’est le deuxième examen depuis l’adhésion de la République démocratique du Congo à l’OMC en janvier 1997.

Malgré une résilience soulignée face aux chocs externes, le pays reste marqué par une dépendance criante aux exportations, un système bancaire qui finance essentiellement les activités d’import-export, et une fiscalité et parafiscalité impropres à amener la RDC à l’émergence. Cependant, le rapport précise que la poursuite des réformes lancées par le Gouvernement devrait  renforcer à terme une évolution globalement positive de l’économie congolaise.

Le Congo : un pays plein de paradoxes et de ressources

Dans sa description de la République démocratique du Congo, le rapport souligne de nombreux contrastes : un des pays les moins avancés mais avec un vaste territoire, des conditions climatiques et agro-pédologiques exceptionnelles ; « [le] progrès marginal de l’IDH observé depuis 2011 contraste avec la forte croissance économique et le faible niveau d’inflation en RDC durant la même période » (p. 10) ; la croissance forte (taux moyen annuel de 7%) est qualifiée de non inclusive et laisse sur la route de nombreux jeunes. L’informel représenterait en moyenne de 20% à 25% du PIB et 80% des emplois non agricoles.

Grâce au  secteur minier, la balance des paiements est largement positive. Cela est du aux exportations de cuivre, d’or et de pétrole. Mais si les mines contribuent à 24% du PIB, le secteur des services demeure depuis 2000 le contributeur le plus important avec 40% de l’indicateur.  L’agriculture reste un parent pauvre avec une contribution à 18% du PIB mais emploie 75% de la population active et génère des revenus pour 80% des Congolais. L’économie congolaise est largement dépendante de l’extérieur : le ratio commerce de biens et services sur le PIB est de 70%.

Un commerce florissant mais tributaire de l’extérieur

Ce sont les industries extractives qui tirent l’économie congolaise. Deux facteurs ont contribué à cette prédominance du secteur minier : d’une part, la hausse des cours mondiaux des matières premières ; d’autre part, l’augmentation de la production de ces matières. Ainsi en 2013, la RDC dégageait un excédent commercial de 718.9 millions de dollars US pour un déficit de 144 millions de dollars US en 2008.

Depuis 2014, la Chine (37,6%), l’Union européenne (19.6%) et la Zambie (19,5%) constituent les principaux marchés d’exportation. La demande asiatique (hors Chine) s’invite avec une hausse croissante et elle est estimée à 6%. La RDC exporte peu (4,4%) vers les autres pays africains, ce qui pose en filigrane la question de l’intégration régionale et de son efficience.

Les produits manufacturés (70,2%) et agricoles (21,4%) sont les principales importations de la RDC. Zambie, Afrique du Sud, Europe et Chine sont les principaux pourvoyeurs de biens de l’économie congolaise. En termes de services, la RDC marque encore plus sa dépendance en termes d’importation notamment dans les services et les transports.

Où la RDC trouvera le secours ? Dans la continuation des réformes

Le constat de la Banque Mondiale est sans appel : « (…) la RDC demeure l’un des pays au monde où il est très difficile de faire des affaires. Le climat des affaires y est caractérisé par une fiscalité excessive, une forte lourdeur administrative, des coûts élevés des facteurs de production, une faiblesse des infrastructures, et un accès limité et cher au crédit » (p. 32). Le rapport apporte une légère nuance : « Certes, il devient facile de créer une entreprise et d’obtenir un permis de construire en RDC. Cependant, les autres indicateurs sont restés soit inchangés ou se sont détériorés de sorte que globalement en 2016, la RDC ne se place qu’au 184ème rang sur 189 pays (Classement Doing Business, 2016) » (pp. 32-33).

Cette nécessité de réformer faisait déjà partie des préoccupations du Gouvernement dans son Programme 2012-2016 : « une croissance soutenue et durable n’est possible que dans un environnement propice au développement des affaires. C’est pourquoi, dans le cadre de ce programme, il est prévu, la mise en œuvre des réformes structurelles susceptibles d‘améliorer l’efficacité de l’économie » (p. 17). Le rapport de l’OMC reconnaît les efforts du Gouvernement : « un certain nombre de mesures ont été prises sur la période 2010-2015, avec effet sur l’exercice local du commerce. Ainsi, la taxe sur le Numéro d’identification nationale, requis pour toute activité économique au niveau national, est passée successivement de 200 dollars EU à 100 dollars EU, puis à 30 dollars EU pour les personnes morales; et de 100 dollars EU à 50 dollars EU puis finalement à 10 dollars EU pour les personnes physiques» (pp. 33-34).

Pour que la croissance devienne sociale, il appartient au Gouvernement d’amplifier les bons résultats acquis pendant la période 2011-2016 et surtout d’appliquer les réformes au plus vite avec cohérence et faisant preuve d’une cohérence interministérielle.

 

Madimba KADIMA-NZUJI
Docteur en droit économique international

 

 

 

 

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