Economie congolaise: quand la crise politique fait oublier l’assiette

Depuis près d'un an, le Franc congolais se déprécie face au dollar américain et a perdu près de 30% de sa valeur. Plusieurs mesures avaient été prises en 2016 par le Gouvernement pour enrayer la crise et à la mi-janvier 2017, la Banque centrale du Congo a relevé son taux directeur de 7% à...

Depuis près d’un an, l’économie congolaise souffre. Plusieurs mesures avaient été prises en 2016 par le Gouvernement pour enrayer la crise et à la mi-janvier 2017, la Banque centrale du Congo a relevé son taux directeur de 7% à 14%. Rien n’y fait: aujourd’hui le Franc congolais vient de dépasser au marché parallèle la barre des 1.300 pour 1 dollar américain.

Le déclencheur: la chute des matières premières

La baisse du cours des matières premières en général et le ralentissement de l’économie chinoise (rare pays avec qui le Congo a une balance commerciale excédentaire) ont affecté durablement le secteur minier pourvoyeur de devises et participe à 24% du PIB selon le dernier examen de la politique commerciale congolaise par l’OMC. Pour rappel, le marché chinois représente près de 37,6% des exportations congolaises. Cette baisse ds cours a entraîné une diminution des devises disponibles pour l’importation de biens et de services nécessaires à l’économie congolaise.

Depuis une semaine, la Banque Mondiale annonce une reprise des cours mondiaux mais aucun des acteurs majeurs du secteur minier ne crie victoire. Selon la Banque  mondiale, deux faits contribuent à la hausse des prix: d’une part, le resserrement de la demande chinoise; et d’autre part, « l’élection américaine, qui a laissé présager une hausse des investissements en matière d’infrastructures ».

Le constat: une économie en berne, un pouvoir d’achat en panne

Deux chiffres illustrent le ralentissement de l’économie congolaise: l’accroissement du PIB était de 8% pendant la période 2012-2015 pour 2,7% en 2016. La moyenne africaine est de 3,7% pour l’année 2016 contre 4% en 2015. Plusieurs facteurs ont entraîné un ralentissement de l’économie congolaise: le recul de la demande chinoise en matières premières, les prix exorbitants en terme de fournitures d’énergie, la crise politique, la corruption, un système bancaire qui finance essentiellement les activités d’import-export,…

Depuis l’avènement du gouvernement Badibanga, il n’y a pas eu de décisions économiques majeures pour l’économie ou le social, où plutôt il n’y a pas eu de décisions ayant un effet positif majeur sur l’économie congolaise. En effet, les efforts louables de la Banque centrale du Congo qui a élevé son taux directeur ou a injecté des dollars sur le marché n’ont pas suffi à enrayer la courbe inflationniste et la dépréciation du Franc congolais.

L’économiste Hervé Otschudi sur son blog explique cela assez bien dans un article intitulé « Pourquoi la hausse du taux directeur de la Banque centrale du Congo ne va rien changer ? » (disponible  ici). Il évoque trois raisons: la première est que la hausse du taux directeur a très peu d’impact sur les banques commerciales et leurs clients puisque les emprunts en Francs congolais ne représentent que 10% de la totalité des emprunts; deuxièmement, il n’existe pas d’instruments financiers en Franc congolais en dehors des bons du trésor rémunérés à 14% alors que le taux d’inflation est de 29,4% (au moment où l’article a été écrit – janvier 2017); troisièmement, la faiblesse du Franc congolais renforce le dollar américain comme valeur refuge et donc de fait accroît la demande en devise. Et M. Otschudi de conclure: « C’est un cercle vicieux, plus le Franc congolais est faible, plus l’inflation est haute, plus grande est la demande en devises étrangères ce qui entraîne  une dépréciation du Franc congolais… »

Et le porte-monnaie du Congolais est directement touché: le pouvoir d’achat a reculé de 20%. Le prix des denrées alimentaires ont doublé voire triplé. Ainsi, le sac de farine de maïs de 25 kg est passé de 15 à 30 dollars à Lubumbashi. Cette hausse des prix est la conséquence directe de la dépréciation du franc congolais par rapport au dollar américain, devise nécessaire aux importations. Ce produit alimentaire de base est importé de Zambie ou d’Afrique du sud.

La solution: du tout sécuritaire et politique à une réponse aux besoins sociaux

Entre Bundu dia Kongo et les arrangements particuliers, il reste au final très peu de place pour l’économie, l’autre crise. En l’espéce, la politique et le sécuritaire tiennent le social en l’état.

En attendant Godot (ou le nouveau gouvernement), le Gouvernement Badibanga devra s’atteler à rencontrer les préoccupations socio-économiques des Congolaises et des Congolais: doper le marché de l’emploi, investissement dans les infrastructures (routes, hôpitaux, …),… Cela passera par une réorganisation du cadre juridique et réglementaire (et surtout l’amendement de loi comme celle relative à la sous-traitance), une lutte efficiente contre la corruption, une réforme rapide du secteur de l’énergie,…

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