Existe-t-il une place pour l’entreprenariat numérique en RDC ?

Certains pays africains ont amorcé depuis quelques années des mécanismes leur permettant de tirer profit des opportunités sociales, politiques et économies que la technologie numérique apporte aux populations du continent à travers le développement et/ou l’adoption des solutions...

Certains pays africains ont amorcé depuis quelques années des mécanismes leur permettant de tirer profit des opportunités sociales, politiques et économies que la technologie numérique apporte aux populations du continent à travers le développement et/ou l’adoption des solutions innovantes répondant aux besoins locaux. Nous voyons ainsi partout sur le continent des EduTech (pour répondre aux besoins dans le secteur de l’éducation), HealthTech (répondre au besoins dans le secteurs de la sante), FinTech (favoriser l’inclusion financière), E-commerce (offrir le même niveau de qualités en bien et service à la majorité des populations), etc. qui au fil des années se sont développés sur le marché africain non pas en copiant les modèles économiques issues des pays développés ou occidentaux mais plutôt qui se sont adaptés aux réalités africaines.

Rien de comparable à l’industrie « Tech » n’existe. Il en était de même à la première révolution industrielle 250 ans plutôt. Cette dernière a laissé une marque indélébile sur la vie des gens qui l’ont vécu, la révolution technologique de l’information est en train de bouleverser tout ce que nous pensions sur le travail, les interactions sociales, l’économie, la politique et la vie elle-même.

La RDC n’est pas en reste et est arrivé également à un point d’inflexion, qui l’oblige à aborder le sujet des nouvelles technologies non pas uniquement au niveau micro mais bel et bien au niveau macro dans la globalité des secteurs clés de la vie du pays ; car l’accès aux nouvelles technologies est de plus en plus entrain de créer davantage de savoirs mais aussi davantage de besoins en information et en service que jamais auparavant »

Malheureusement en RDC, le développement d’un contenu numérique local (commercial ou information) demeure encore le principal enjeu à la création d’une véritable économie numérique. Ceci a été la conclusion de l’étude de l’agence d’audit Deloitte en 2016.

La question qui se pose est : Quelles sont ces contraintes qui font que la RDC, bien que consciente du besoin, n’arrive pas à suivre la dynamique régionale sur l’économie numérique ?

Une équipe de Konnect s’est penchée sur la question et a abouti aux conclusions suivantes :

Le cadre macro-économique : Bien qu’il existe des efforts afin d’améliorer les infrastructures de communication et de transmission d’information numérique, les autorités congolaises mais aussi les partenaires de coopération qui appuient la RDC dans l’agenda numérique n’ont pas développé une politique de promotion de contenu numérique local. La qualité des contenus et des sites Internet des différents ministères en RDC nous en dit long sur l’intérêt du numérique par les autorités congolaises. Les partenaires comme la Banque Africaine de Développement, la Banque mondiale ainsi que la majorité des agences de coopération, bien qu’ayant des programme d’appui à la production de contenu numérique et la digitalisation des informations, n’ont malheureusement pas développé ces programmes en RDC. Pour conclure nous aimerions souligner la non valorisation de l’information en général et du numérique en particulier par l’ensemble des acteurs politiques, économiques et de coopérations en RDC. Beaucoup ne comprennent pas l’importance d’une plus grande production d’informations, d’une plus rapide diffusion de cette information et d’un meilleur stockage de cette information dans la chaîne de valeur nationale et des solutions que le numérique vient apporter.

Le cadre légal : Bien que d’éminents professeurs d’université et institut de recherche congolais aient publiés plusieurs travaux scientifiques tablant sur les différentes problématiques légales liées à l’économie numérique, la RDC a encore d’énormes efforts à faire pour intégrer le numérique à son cadre juridique. Ceci constitue un frein non seulement pour la sécurité du consommateur mais aussi des entreprises qui voudraient se positionner dans ce secteur. Notons que le système fiscal de la RDC reste également très ambigu en matière d’économie numérique. La réglementation de la Banque centrale du Congo en matière de transactions électroniques ne facilite pas forcément la rapide circulation des fonds au même rythme que les biens et services pourraient circuler dans une économie numérique émergente que sont certaines économies africaines. Le cadre légal congolais présente également des ambiguïtés en matière d’investissement étrangers dans les entreprises congolaises ; les pays comme Kenya, Nigeria et bien d’autres pays africains arrivent à dynamiser l’entreprenariat numérique du fait que leurs législations facilitent les investissements étrangers directs vers des entreprises nationales innovantes.

Le coût de l’Internet : Le nœud de la guerre pour l’émergence d’une économie numérique en RDC reste le coût de l’Internet, alors que des pays comme le Kenya, le Rwanda, la Côte d’Ivoire, etc. arrivent à offrir une connexion Internet haut débit à moindre coût (moins de 0.5 $US par jour et illimité), le coût de l’Internet reste encore excessivement élevé en RDC (environ 5 $US par jour pour une connexion limitée) malgré les investissements qui ont déjà eu lieu dans ce secteur notamment plus de 100 millions USD pour la connexion à la fibre optique à partir de Moanda. Notons que la RDC n’est pas en reste sur la tendance mondiale vers le mobile, la majorité des internautes se connectant aujourd’hui à travers les appareils mobiles que sont les smartphones, tablettes et ordinateurs portables. Néanmoins, l’offre Internet mobile se limite principalement à celle des opérateurs télécoms alors que le marché est relativement grand : environ 20 millions de personnes vivent dans des milieux dits urbains et une population relativement jeune (plus de 75 % moins de 40 ans.)

Disponibilité de compétences locales et l’accès à une formation de qualité et une mise à jour régulière : la mise en place d’une économie numérique dynamique dépend de la capacité d’un pays à disposer de compétences au niveau local qui arrivent à bien appréhender les besoins locaux mais surtout les solutions technologiques qui répondent à ces besoins locaux. La RDC dispose pour cela, de plus en plus de compétences, celles-ci sont à la fois issues de formations dispensées au niveau localà travers les universités et instituts supérieurs mais aussi de formations dans certains pays clés de la scène internationale ou régionale comme l’Inde, le Kenya, le Maroc, la Tunisie, la RSA, la France, la Belgique ou les USA. Ces jeunes toutefois sont souvent butés à un déficit d’informations sur l’écosystème numérique en RDC dans sa globalité et les besoins spécifiques des différents marchés provinciaux, urbains, etc. La RDC a besoin d’un centre technologique du type du IHUB de Nairobi qui permettra de mettra en relation les besoins sociaux et économiques identifiés par les entreprises et les structures gouvernementales avec les capacités de créativités et d’innovations technologiques véhiculées par ces jeunes. Ces centres (il devrait y en avoir dans au moins 4 provinces vu la grandeur de la RDC) permettraient aux compétences nationales de se mettre à jour par rapport à la dynamique globale et de répondre aux besoins spécifiques des communautés locales.

L’écosystème entrepreneurial numérique : Bien qu’il existe plusieurs HUB-LAB (beaucoup à Kinshasa et très peu dans les provinces sauf Lubumbashi) en RDC ; ceux-ci présentent encore d’énormes lacunes en terme de services d’accompagnement qui permettraient de créer de la valeur ajoutée localement et ainsi d’avoir de vrais champions « TECH » de la RDC. Ces lacunes se situent à la fois au niveau de l’accompagnement technologique afin d’identifier ou construire les technologies qui répondent au mieux aux besoins et à l’environnement en RDC, que de l’accompagnement économique afin de transformer des projets « Tech » en projets d’entreprises viables et « banquables » pour l’environnement économique congolais. Plusieurs de ces compétences identifiées plus haut se retrouvent souvent à vouloir créer des technologies ou faire du copier-coller de technologie ou de modèles d’affaire qui ne répondent pas aux besoins ou à l’environnement économique congolais. Ceci serait dû à un manque criant de structures d’encadrement à l’entreprenariat et/ou structure d’encadrement technique. Il faut noter que l’environnement entrepreneurial en RDC connait déjà plusieurs démons notamment : * culturels – Un entrepreneur en RDC n’a jamais eu autant de prestige social qu’un avocat (salarié), un médecin (salarié) ou un ingénieur (salarié) ou encore un salarié quelconque d’une grande entreprise ou organisation; *la compétence entrepreneuriale : le système éducatif congolais dans sa majorité, forme des demandeurs d’emplois et non des créateurs d’emplois. L’élaboration d’un business plan n’est enseignée dans aucune université ou école supérieure en RDC même celles à vocation commerciale ; *la pression fiscale : les entrepreneurs congolais qui souvent n’ont pas la capacité de s’offrir les services d’un expert-comptable se retrouvent noyés dans un bassin de charges fiscales qui n’en finissent pas et auxquelles ils n’y comprennent rien ce qui fait que la majorité au bout de 18 mois ferment ou basculent dans l’informel.

L’accès au financement : la RDC ne dispose presque pas de sociétés d’investissement et/ou fonds d’investissements; les quelques sociétés qui financent des projets d’entreprises en RDC sont souvent basées dans les capitales occidentales ou en Afrique du Sud donc souvent inaccessibles pour les startups numériques congolaises, mais surtout se focalisent sur des secteurs qu’ils maitrisent notamment les mines, l’énergie (au niveau macro) et un petit peu l’agriculture et la transformation locale. La seule opportunité d’accès à des fonds publics pour des entrepreneurs c’est à travers le FPI (le fonds pour la promotion de l’industrie) mais celui-ci se concentre sur les industries de transformation locale mais surtout n’a pas encore développé d’outils pour analyser des projets de startups quel que soit le secteur. Il existe également un fond d’investissement privé le King Kuba Capital qui est géré par XSML capital et un partenariat financier avec le groupe de la banque mondiale à travers IFC. Néanmoins ce fond également n’a pas développé d’outils qui lui permettent de comprendre l’écosystème startups et les opportunités que celles-ci présentent. Le financement bancaire, qui est l’option choisie en RDC par la majorité d’entrepreneurs congolais, reste focalisé sur des business models qui ont fait leurs preuves sur le marché congolais, sur l’expérience et la réputation du (des) entrepreneurs ainsi que la capacité de ces derniers à offrir une garantie matérielle. Ceci ne permet pas de promouvoir l’innovation et la créativité que l’on rencontre dans les écosystèmes startups mais surtout du fait que les entrepreneurs-startupeurs n’ont souvent pour seul moyen leurs compétences et capacités à innover comme seule garantie. Notons que nous avons expressément omis de mentionner les services offerts par les institutions de la microfinance.

Les autres barrières : Le refus catégorique de partage des APIs pour leurs services de Mobile Money des sociétés comme Airtel, Vodacom ou Orange constitue également un frein au développement d’une économie numérique en RDC car ceci empêche l’émergence de nouveaux services dématérialisés qui pourraient s’appuyer sur ces solutions de paiement électronique pour se monétiser, mais aussi limiter l’utilisation de services innovants comme MPesa à la créativité des agents Vodacom d’où le fait que ce service est toujours perçu comme un système de transfert d’argent. Les coûts d’intégration très élevé des plateformes de paiement électronique proposées par certaines banques nationales (Procredit Bank, UBA, Ecobank, etc.) et la durée pour avoir accès aux fonds qui transitent par ces plateformes qui peut durer jusqu’a une semaine alors que ces transactions sont souvent des transactions nationales ou locales.

Voici une petite analyse de la problématique de l’entreprenariat numérique en RDC. Bien qu’il y ait ces différentes contraintes à l’émergence d’une économie numérique en RDC, celle-ci voit naître plusieurs initiatives comme la Silikon Bantu qui regroupe plusieurs startups technologiques (18 startups) travaillant en RDC, le projet StartIT Congo qui voudrait mettre en relation les projets de la diaspora congolaise et les écosystèmes nationaux, le Hub-RDC et Konnect SAS (www.konnect.cd) qui encadrent des jeunes entrepreneurs. Notons que pour l’année 2017 la compétition #Seedstars (www.seedstars.com) qui est la plus grande et la plus prestigieuse compétition de startups dans les pays émergents, sera organisée à Kinshasa ceci est le résultat d’un partenariat entre la société suisse Seedstars et la société congolaise Konnect et de la mobilisation de plusieurs sponsors locaux.

 

David Muhima Mudilo

 

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