Il est où Matata?

Gardez vos boucliers. Il ne s’agit de l’apologie d’un homme, ni d’un coupage : j’en ai pas encore l’âge. Nous allons parler économie, souvenir et souffrance.

ECONOMIE. Depuis début 2015, le monde entier est frappé par la crise de la chute des valeurs de matières premières. En janvier, le « super-cycle » s’estompe, les cours du cuivre, de l’aluminium, du nickel et de l’étain dégringolent. En fait, ils sont tous entraînés par le Pétrole. Le cuivre, reine des matières premières en République démocratique du Congo, perd, en deux semaines, 10 %, son cours se situant à son plus bas niveau depuis cinq ans. L’aluminium baisse aussi lourdement, ainsi que le nickel et l’étain. Quant au prix du minerai de fer, il a été divisé par deux en six mois…

Entre juin et août 2015, le pétrole a perdu 35 % de sa valeur, chutant de façon quasi continue de 61 dollars à 40 dollars le baril. Il atteindra 29 dollars en janvier 2016. Des banques en mal de liquidités, des investissements en berne, des chantiers à l’arrêt, de fortes restrictions au niveau de l’Etat… cette chute vertigineuse et durable frappe alors de plein fouet les économies africaines, y compris celle de la République démocratique du Congo.

Le plus beau pays du monde a certes « un peu » de chance. Il a à ses commandes, un économiste aguerri, Augustin Matata Ponyo, et un gouvernement de Technocrates. A la tête de cette démocratie en perte de liberté, l’homme réalise néanmoins un petit miracle, jusqu’à en faire le troisième taux de croissance le plus élevé au monde en 2015. Mais, la crise sonne. Matata doit à présent faire face. Les Congolais aussi. Eux justement, n’auront toutefois pas réellement bénéficié des avancées du Premier ministre de l’époque. Alors que sur papier, le pays se portait mieux, les rues congolaises n’avait pas de pain ou de poissons en croissance de 8 ou 9%.

Toutefois, la RDC semble être épargnée par cette crise. Dans une interview en mars 2016 sur Direct.cd, le Premier ministre prévoit certes un lendemain difficile, mais dresse une situation qui tient. Les chiffres semblaient lui donner raison : au 18 mars 2016, le taux de change s’est stabilisé à 933 FC contre 1 dollar américain. Au mois de mai, le « cauchemar de l’hyperinflation » des années 1990, qui avait atteint un pic de 9.000%, hante le pays. Ça tombe bien, Matata Ponyo escamote un plan : il réduit les dépenses projetées pour la loi de finances rectificative de l’exercice 2016 à 6.610,9 milliards de francs congolais (FC) contre 8.476,4 milliards de FC, soit une baisse de 22%.

Car, entre-temps, la crise politique souffle. Etienne Tshisekedi fait Bercy dans les rues, ses militants sont dans une liaison meurtrière avec les hommes de Kanyama, mettant en péril les grandes villes et leurs économies « journalières » déjà en souffrance. Les déclarations politiques animent les quotidiens. Matata Ponyo, visage de la gouvernance de Kabila, se promène alors avec une étiquette de cible. Après tout, si la crise économique tourmente ainsi les ventres de Congolais, c’est aussi et surtout parce que le Premier ministre n’aura ni réussi la transformation façon Bukanga Lonzo de l’économie, et surtout, il traîne Marie-Clémentine Anuarite Nengapeta et Kimpa Vita du Congo Airways, comme dignes ratés.

LA SOUFFRANCE. Etrangement, dans les rues, Matata ne perd que 100Fc face au dollar. Nous sommes déjà en septembre, Vital Kamerhe se voit déjà Premier ministre, et la monnaie américaine se change contre 1 024 Franc Congolais. Matata aurait-il dompté le billet vert ? Car, à son départ, rien que l’annonce de sa démission fait grimper celui-ci à 1200Fc. Samy Badibanga, qui rafle la mise à Kamerhe, n’y voit que du feu. Nous, population, restons alors partagés entre la joie de voir enfin la rigueur « inutile » de la cravate rouge quitter la Primature, et la colère de voir que depuis 1990, le Premier ministre issu de l’opposition n’est toujours pas nommé.

Chiffres tirés du rapport du Ministère de l’économie (cliquez pour consulter)

La crise devient politique. Le pays entier ne vit que pour le 19 décembre ou toute sorte de partage de pouvoir qui découlera du Dialogue de la CENCO. Pendant ce temps, un gouvernement courte-joie est nommé. « Même Bitakwira devient ministre dans ce pays », s’exclameront certains. «Pas pour longtemps », répondront d’autres. Car la pléthorique équipe qui investit l’Hôtel du gouvernement en décembre, n’est surtout pas là pour s’occuper de l’économie du pays, encore moins de la FAIM des Congolais. Elle attend. A coup de frais de mission, l’arrivée du vrai gouvernement, à l’issue des négoces, traîtrises et croches-pieds.

Tshisekedi, un type rare d’hommes que connaissent les nations dans toute leur existence, entre Mandela et Malcolm X, ceux-là qui incarnent à la fois respect, questionnements et espoir, en aura finalement eu marre de nous. Il passe l’arme à gauche et décide le repos éternel.  Le dollar, qui craignait profondément le leader de l’UDPS, s’envole.

SOUVENIR. Au mois de mars, de brins de souvenance de l’époque Matata commencent à ressurgir. La monnaie américaine, miroir et mouroir de l’économie, ne cesse de nous le rappeler. Le 7 avril, lorsque le président prend Valentin Mubake à contre-pied, en nommant Bruno Tshibala, le taux d’inflation mensuel passe à 2,39 % contre 1,86 % le mois précédent. Le satané dollar est à 1 350, affichant ainsi une dépréciation de 40 %.

On ne tire pas sur une ambulance dira-t-on. Nous allons nous passer de Tshibala, largement traité dans mon éditorial précédent. Retenons qu’en avril, le Franc congolais, bien qu’impuissant, n’avait pris que 50 de son unité, car, ayant terminé 2016 à hauteur de 1300 face au dollar. Depuis, 200Fc se sont invités à la parité de la monnaie chantée par Wendo Kolosoy face à celle de Donal Trump. Certes la situation est fortement politisée, certes Matata n’était pas non plus facile, avouons-le : la cravate rouge pourrait nous manquer. Kimpa Vita exceptée.

Litsani Choukran,
Le Fondé.

Commenter

Cliquez-ici pour commenter