Politico.cd fait sa révolution papier

POLITICO magazine sort ce vendredi. Avec 80 pages, deux éditions nationale et internationale, le média politique de la RD Congo effectue un mouvement contraire à la ruée vers internet. Pourquoi ceci? Litsani Choukran, son fondateur et Directeur de publication, s'explique. 

Bonjour M. Litsani Choukran, pourquoi sortir un magazine papier politique à l’heure beaucoup migrent vers internet?

Merci pour cette question, vous n’êtes pas le seul à me la poser. D’abord, il faut prendre le Congo comme un environnement spécifique, par rapport au monde entier, ou même par rapport à l’environnement politique africain. Nous vivons dans un pays de 80 millions d’habitants, enfin presque, où les défis en terme d’accès à l’information sont immenses.

Internet aurait du résoudre cette problématique. Chez nous, l’accès même à un Internet reste très faible, au point où toute structure professionnelle sérieuse ne peut pas prétendre à y investir tout son capital. A titre d’exemple, on parle de trois millions de personnes connectées. POLITICO.CD en reçoit 2.5 millions chaque mois, donc 70% du pays. Comparativement à une population de 80 millions, cette part est largement insignifiante. De ce fait, nous ne pouvons pas prétendre nous ruer vers Internet comme on le ferait au Maroc par exemple, où le taux de pénétration est bien plus important et crée de véritables opportunités.

Ensuite, comme je l’ai dit précédemment, aucun investisseur ne peut financer une structure congolaise qui veut engranger des bénéfices substantielles sur un business model basé exclusivement sur Internet. Déjà que dans le secteur de la  presse, nous n’avons pas de financement indépendant. Dans cette situation, il convient d’innover et de trouver les meilleurs moyens de pouvoir soutenir la presse digitale en développement afin d’attirer des investissements sur des projets plus aboutis. C’est donc notre démarche. Nous avons un secteur « papier » où des magazines imprimés ailleurs trônent. Les médias locaux sont en disparition. Il est donc folklorique de prétendre se focaliser seulement sur internet pour organiser et maintenir un média au Congo.

Que mettez-vous derrière POLITICO MAGAZINE pour rivaliser avec ces médias internationaux? Comment comptez-vous vous imposer dans un secteur où beaucoup abandonnent?

Le 1er février 2016, j’ai reçu la même question au lancement de POLITICO.CD. Un an après, nous sommes parmi les trois médias les plus consultés au pays. Nous ne venons pas les  mains vides. Il y a d’abord un savoir-faire. Si d’autres magazine s’imposent, c’est premièrement en termes de qualité: tant éditoriale que technique. Alors, oui, nous allons apporter la façon « POLITICO » dans ce secteur. Une grande qualité graphique, une bonne profondeur éditoriale, tout en gardant notre touche maison. Il y a aussi la distribution. Nous faisons au départ un magazine qui va évoluer. Pour sortir de l’ornière, nous nous adressons à l’élite. Avec le temps, nous verrons s’il nous sera possible de l’ouvrir à la classe moyenne. Mais d’ores et déjà, nous ne faisons pas un magazine grand public, non. POLITICO MAGAZINE est destiné à l’élite.

Quelle est la fréquence de parution et le contenu?

Nous avons deux éditions. Espacées d’une semaine. La première à sortir, tous les deux mois, c’est la version nationale, destinée à la RDC. Le plus grand tirage, soit 70% de copies. La version internationale, distribuée dans la diaspora, est tirée une semaine après.

Le magazine revient sur l’actualité politique des deux derniers mois au Congo, avec un accent plus orienté vers les analyses et les débats, plus que la version internet de Politico.cd. Il y aussi un supplément économique intégré, qui nous vient de la rédaction d’economico.cd, un média de notre groupe Léopards et qui forme, avec nos deux éditions, une offre beaucoup plus globale et intéressante.

Vous êtes de quel camp?

Rire. « Porter la plume dans la plaie », nous sommes de ce camp. Nous sommes en chasse de la vérité. Nous espérons que cela ne dérangera personne. De plus, notre public cible n’est pas celui de fanatiques. Nous nous adressons aux gens qui savent décortiquer les choses. Qui savent apréhender les critiques. Si vous voulez, il s’agit d’un débat de fond.

Comment financez vous le magazine ?

C’est ce que j’ai tenté d’expliquer au début. C’est en multipliant les formats que nous comptons jouir de l’effet de diversité. Nous allons présenter, au final, une offre de régie publicitaire qui n’a jamais existée au Congo et qui permet aux annonceurs aussi bien de toucher les congolais du pays que ceux de l’étranger. Le monde entier saura que s’il veut toucher le Congo, nous offrons la meilleure visibilité.

Pensez-vous perenniser ce modèle?

Ecoutez, je suis diplômé de l’université internationale du pragmatisme. S’il s’avère que nous avons pris la mauvaise décision, d’ici la fin de l’année, nous aurons une réponse claire. En attandant, nous faisons ce que nous sommes largement capables de réaliser. Et nous tiendrons. Il ne s’agit pas de réthorique. Le magazine que nous sortons est conforme  aux standards internationaux, et nous sommes confiants sur sa réussite.

Le Fondé! Ecrivez-vous avec toujours autant de passion et autant de style qui vous caractérisent en ligne?

Pour votre information, tous mes articles du site feront partie du magazine. Et donc oui. Ma liberté d’expression est primordiale.

La rédaction

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