Facebook veut mesurer le coût des fermetures d’Internet sur l’économie notamment en RDC

Les coupures d'Internet ordonnées par le gouvernement deviennent de plus en plus longues et de plus en plus fréquentes en Afrique, minant la productivité et coûtant aux pays des emplois et des revenus indispensables, affirme le géant des réseaux américains. 

Une nouvelle étude, soutenue par Facebook, veut mesurer l’impact des fermetures d’Internet sur l’économie formelle et mesurer l’impact des coupures Internet sur les «économies souterraines», à savoir les activités économiques qui contournent la réglementation, le contrôle et la fiscalité. Les économies fantômes, ou «grises», sont un secteur vital en Afrique et dans le Sud, compte tenu du nombre de personnes qu’elles emploient et de la mesure dans laquelle ces entreprises effectuent leurs transactions exclusivement en espèces.

Les chercheurs du Centre de droit de la propriété intellectuelle et des technologies de l’information de la Strathmore (CIPIT) au Kenya ont utilisé une estimation de 2013 de l’économiste Friedrich Schneider qui montrait que l’activité économique non enregistrée dans 49 pays africains était de 37,6%. En tant que tel, leur étude a montré que les économies informelles représentent 30% des coûts directs des perturbations sur Internet, amplifiant les estimations précédentes des pourcentages de pertes et leur impact socio-économique direct.

La RDC très concernée

La situation politique en RDC reste tendue et affecte l’économie du pays. Pour faire face à des manifestations, le gouvernement a plusieurs fois coupé les connexions internet et SMS de manière unilatérale, pénalisant les opérateurs de téléphonie mobile. En février dernier, le ministre des Postes, télécommunications, nouvelles technologies de l’information et de la communication (PTNTIC), Emery Okundji, a même demandé  à tous les détenteurs des antennes de connexion internet VSAT de se faire identifier auprès de l’Autorité de régulation de la poste et des télécommunications (ARPTC).

Cette demande, expliquait le ministre congolais, concerne tous les opérateurs sur toute l’étendue de la République démocratique du Congo. «Je demande à tous ceux qui ont des antennes VSAT et fournisseurs d’accès à l’internet de se faire identifier. Ces personnes non identifiées ne payent pas des taxes à l’Etat. C’est un manque à gagner pour le trésor public, d’autant plus qu’elles vendent l’accès à internet”, affirme-t-il sur les antennes de la radio onusienne.

Cependant, la décision du ministre des PT-NTIC tombe au moment où les autorités congolaises désirent avoir une main mise sur les transmissions internet. En effet, depuis son arrivée à la tête des télécommunications congolaises, le ministre Okundji a déjà diligenté deux coupures unilatérales de la connexion internet sur toute l’étendue du pays pour faire face aux manifestations de l’opposition qui réclame le départ du président Kabila.

Par ailleurs, même si les responsables de Facebook ont ​​refusé de commenter leur position sur les fermetures mais croient qu’elles sont “contre-productifs”. Le géant des médias sociaux a manifestement un intérêt direct dans l’évaluation des fermetures parce que sa prestation de service est touchée par une coupure.

Au fur et à mesure que les coupures d’internet augmentent et deviennent plus sophistiquées à travers l’Afrique, les experts cherchent non seulement à améliorer la méthodologie des coûts mais aussi à mieux surveiller et détecter les fermetures, qu’elles soient intentionnelles ou accidentelles. L’Open Observatory of Network Interference, une organisation qui documente la censure sur Internet, est en train de développer un nouveau système qui permettrait de mieux déterminer quand une fermeture se produit ou lorsque certaines plateformes de médias sociaux sont éteintes comme dans le cas récent du Tchad.

Robert Muthuri, l’un des co-auteurs de l’étude à Strathmore, dit qu’il y a «plus de granularité nécessaire» pour évaluer l’impact des interruptions d’Internet sur les économies, et combien d’autres applications comme Viber et Telegram sont affectées.

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